Qui sont les animaux ?  Quel est le rôle de la politique publique ?  Pourquoi devons-nous nous tourner vers une alimentation plus végétale ?  Quel est l’impact et les conséquences de la souffrance des animaux sur les enfants ? Sur les travailleurs ?  Quelles alternatives à l’élevage… ?  Autant de questions soulevées la semaine dernière lors d’un colloque exceptionnel sur la question animal organisé  par Jean Desessard, sénateur de Paris et Président du Groupe écologique du Sénat et L214 au Palais du Luxembourg. Récit d’une journée pas bête !

Dès l’ouverture de la séance, le ton est donné. Dans une salle quasi comble, le sénateur Desessard a lu ouvertement une lettre reçue par la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Outrés de ne pas être conviés, les membres de la Fédération ont revendiqué les efforts de la filière de l’élevage sur le bien-être animal dans le cadre de leurs exploitations. Mais comment leur faire entendre que la notion de bien-être et d’exploitation sont juste antinomiques aux yeux d’une partie grandissante de la société ? Que le  public, les professionnels experts, scientifiques, associations, représentants politiques présents ont  une vision toute autre de la relation homme-animal. L’ambition ici est  de trouver des pistes de réflexion et de mettre en place des actions pour créer un nouveau modèle de société.

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Au fil de la matinée des interventions musclées défilent. De Laurence Abeille, député du Val de Marne, dénonçant le fossé entre la représentation politique et l’évolution de la société (sondages IFOP 2017) au collectif Animal Politique qui appelle à une plus forte mobilisation face aux marcheurs de Macron qui n’ont clairement pas fait de l’animal une priorité. Une réaction que l’ancienne députée européenne Michelle Striffler (UDI) en charge de la condition animale a tempéré. Appelant les organisations à plus de rassemblement et non une opposition entre-elles pour faire avancer plus efficacement les choses. .

Moment fort de la  matinée, l’intervention bouleversante de Mauricio Garcia-Pereira, ancien ouvrier salarié de l’abattoir de Limoges. Avec émotion, il met sur la table la souffrance éprouvée par les travailleurs dans les abattoirs. (cadence, pression des industriels et des consommateurs, abattage massif …). En l’absence de loi européenne pour interdire ces atrocités, l’ancien ouvrier, en larmes à la fin de son témoignage, a appelé à agir urgemment face à ce drame.  Dans un rapport STIVAB on apprend que  89 % des hommes et 92 % des femmes travaillant en abattoir ont souffert d’un « TMS », un trouble musculo-squelettique dans les douze derniers mois.

 

 « La cause animale est le combat de tous ceux qui veulent construire l’avenir. »

Pour rééquilibrer les rapports de forces, Sylvain Dibiane spécialisé en prévention des risques et gestion de crise (SciencesPo/ENA) propose de créer un contrepouvoir citoyen pour favoriser le dialogue entre les catégories sociaux-professionnelles. Selon lui, Il faut initier une transition et déployer des actions publiques transversales pour la période 2015-2020.

« La cause animale est le combat de tous ceux qui veulent construire l’avenir. Il faut accompagner les agriculteurs vers le changement en produisant des formations et innover, interdire l’abattage de vache gestantes car c’est notre humanité qui est en jeu.[…] Il faut financer un nouveau modèle, éradiquer l’élevage intensif, renforcer la recherche scientifique et éduquer ».

Eduquer, c’est la base de tout pour Joël Lequesne, psychologue clinicien, ancien psychologue scolaire. Il dénonce cette violence sur les animaux qui est socialement admise et valorisée (chasse, corrida, zoo, cirque) et prône « une rééducation de l’éducation ».

« Il n’existe pas de leçon d’éthique animale dans les programmes de l’éducation nationale, ni d’enseignement de l’empathie pour les animaux. Le lobby de la propagande bouchère et l’initiation par les chasseurs errent dans les écoles… »

 

« Les gens commencent à changer leur regard quand ils voient de l’intelligence »

Le 7 juillet 2012, des scientifiques internationaux signent la Déclaration de conscience des animaux à Cambridge. Un texte sur lequel s’appuie Joël Minet, professeur de biologie au Muséum national d’histoire pour nous livrer une très belle leçon d’éthologie. Avec pédagogie il revient sur l’identité des animaux, leurs caractéristiques psychiques et comportementales similaires aux humains, leur capacité de ressentir et les intelligences inégales selon les individus et les espèces.

«Les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques qui produisent la conscience. Les animaux non humains, soit tous les mammifères, les oiseaux, et de nombreuses autres créatures, comme les poulpes, possèdent aussi ces substrats neurologiques»

Une représentante du refuge Groin Groin a tenu à redorer l’image du cochon, animal intelligent pourtant mal considéré. « Les gens commencent à changer leur regard quand ils voient de l’intelligence » affirme t-elle. Avec une équipe de bénévoles, ce refuge est devenu un réseau national de placement de cochons abandonnés et un centre d’information.

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Quels exemples concrets pour quelles perspectives ?

Pour faire évoluer nos institutions, les lois et l’industrie pour abolir l’exploitation, la deuxième partie du colloque s’est attardé sur des exemples concrets de politiques publiques qui ont fonctionné. Des repas végétariens dans les cantines scolaires (initiative de Jacques Boutault, maire du 2ème arrondissement) ou encore les mesures prises par la ville de Barcelone qui a interdit les animaux sauvages dans les cirques. Une décision que l’association PETA aimerait voir arriver en France.

Dans leur livre Zoopolis, les philosophes canadiens Donaldson et Kymlicka  nous rappellent que les animaux peuvent manifester leur avis et respecter des normes sociables, que la séparation avec les animaux n’est pas possible car nous vivons dans une société multi-espèces et des communautés interspécifiques. Un ouvrage sur lequel s’est appuyé Philippe Reigné professeur de droit privé au Conservatoire national des arts et métiers, pendant son intervention. « Pour Donaldson et Kymlicka, il  faut élaborer une théorie des devoirs relationnels entre les animaux et les êtres humains. Leur étendue dépend de la relation que nous entretenons avec les animaux. »

Pour clore le colloque après une journée chargée en discussions et débats, Philippe Reigné a insufflé une note d’espoir d’une société nouvelle sous réserve de travail, compromis et concertation :

L’établissement avec les animaux, de nouvelles relations, est beaucoup plus gratifiant que la perspective de la disparition de tous les animaux domestiques et de la séparation avec les animaux sauvages.’

 

Olivia Guidi-Morosini

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