Les repas de famille chez les fourmis

Pour se nourrir les fourmis ont inventé à peu près toutes les stratégies que l’on trouve dans nos sociétés humaines : la chasse, la cueillette, l’agriculture, l’élevage, la transformation des matières premières, le vol, le pillage… Il faut dire que la famille des formicidés compte quelques 20 000 espèces, et presque autant de spécificités. Depuis 100 millions d’années les fourmis ne cessent d’améliorer leurs pratiques pour s’installer partout sur la terre.

Des milliards de milliards d’estomacs ont faim !

Dans leur quête de nourriture les fourmis font preuve d’ingéniosité pour certaines et de la plus extrême barbarie pour d’autres. La bande dessinée de vulgarisation scientifiques la guerre des fourmis nous l’explique avec humour. Signée Mathieu Ughetti, illustrateur et vulgarisateur scientifique, et Franck Courchamp, directeur de recherche à l’Université Paris-Sud et au CNRS, la BD est consultable gratuitement en ligne. Dans le registre pacifique les fourmis ont inventé l’agriculture avant les hommes. Elles se servent par exemple d’un compost de feuilles ramenées au nid pour faire pousser des champignons. Ce qui implique la maîtrise de la température, de l’humidité et le traitement des maladies (sans glyphosate) pour garantir une récolte de qualité. D’autres espèces de fourmis se sont spécialisées dans l’élevage de pucerons. Telles des cowboys elles les capturent et les protègent, se nourrissant du suc qu’ils secrètent.

On estime que 90 % au moins des cadavres d’insectes dans la nature finissent dans des fourmilières

Les fourmis sont aussi souvent nécrophages en se nourrissant de petits animaux morts. On estime que 90 % au moins des cadavres d’insectes dans la nature finissent dans des fourmilières, avant d’être recyclés dans le sol. Elles remplissent donc un rôle essentiel de nettoyeuses indispensables à l’équilibre des écosystèmes.

Pièges ingénieux et raids sanguinaires

La chasse représente une ressource essentielle pour la plupart des formicidés. Dans la famille, il y a tous les styles, les ingénieurs qui fabriquent des pièges sophistiqués et ceux qui recourent à la force brute comme les fourmis légionnaires ou les magnans d’Afrique. Là où elles passent, tous trépassent. Durant les grands raids, « ce sont chaque jour 30.000 proies représentant des litres de chair fraîche qui font ainsi retour vers le bivouac pour rassasier ouvrières et larves » peut-on lire dans l’article de Luc Passera, myrmécologue. D’autres espèces, ni industrieuses ni sanguinaires, se disent qu’il est plus simple de piller les réserves des nids voisins. On le voit tout est bon pour faire bouillir la marmite. Dans la famille fourmi on ne rigole pas avec la nourriture.

On ne cesse de découvrir leurs performances comme l’explique Raphael Gamand, fondateur d’Insecto, qui viendra à l’Université d’été de l’animal avec des fourmilières pour nous décrire leur vie.