Interview de François Couplan : Ce que les plantes ont à nous dire

Il se bat depuis des années pour nous faire redécouvrir ces plantes oubliées et ces « mauvaises herbes » sans qui les humains n’auraient pu devenir ce qu’ils sont. En pleine crise du Covid 19, l’ethnobotaniste de renom a publié son dernier livre « Ce que les plantes ont à nous dire » (Les liens qui libèrent) qui nous rappelle que la solution se trouve à nos pieds. Il suffit de changer notre regard et de redécouvrir ces chef-d ’œuvres de la nature qui nous nourrissent et nous soignent depuis toujours. Mais surtout de voir le monde tel qu’il est : d’une richesse époustouflante, dont nous ne sommes pas le centre. Une leçon de modestie. Et d’émerveillement. 

 

 

Entretien (à distance) avec François Couplan

 

Quelle est la relation entre les animaux et les plantes ?

Ils les utilisent, comme nous, pour se nourrir et se soigner. Et à l’inverse, elles savent très bien s’en servir ! La grande majorité des plantes sont des angiospermes, des plantes à fleurs et à fruits. Elles sont sur terre depuis environ 150 millions d’années et ont réussi à conquérir le monde grâce à une sorte de partenariat avec les animaux et les insectes en particulier. Confier ses graines au vent pour les semer est une stratégie moins efficace que d’utiliser des êtres qui bougent pour transporter son pollen sur de longues distances.  Nous n’en sommes pas conscients mais nous ne mangerions pas de pommes si les insectes n’existaient pas. Leur interaction est très complexe et fascinante. 

 

Avec les récentes découvertes sur l’intelligences des arbres et des plantes et alors que le végétarisme se développe dans nos sociétés, certains se demandent si manger des plantes ne deviendra pas un jour un problème éthique, quelle est votre position ?

Je trouve ce débat très anthropocentrique, il n’a aucun intérêt ! Je ne suis plus végétarien, je l’ai été longtemps, j’ai même été végétalien. Je n’achète pas de viande car je n’en ressens pas le besoin mais si un chasseur m’apporte un sanglier, je le mange sans soucis. En fait, on ne mange pas des aliments, on mange des symboles. Bien sûr que les plantes souffrent, on le sait depuis longtemps. Mais il faut bien se nourrir ! Et tout n’est qu’une question d’équilibre. Or c’est justement la fonction des plantes que d’apporter des nutriments aux animaux et aux humains, notamment les plantes sauvages (orties, pissenlits etc.) qui sont beaucoup plus performantes que les légumes. L’important est comment vous les mangez. Manger des plantes doit être une communion, une vision du monde, une relation apaisée avec l’autre, je dirais même une attitude spirituelle de partage. 

 

Depuis toujours, les humains ont peur de la nature et cela ne semble pas s’arranger dans nos sociétés modernes et cette crise du Covid 19 l’a révélé. 

L’homme a une peur existentielle. Il a inventé des dieux pour répondre à ses questions avec des rites, des sacrifices etc. Mais pendant ce temps, il a étudié et fini par mieux connaître cette nature pleine de plantes toxiques, de prédateurs et de dangers. Aujourd’hui, nous continuons d’avoir peur de tout ce que nous ne contrôlons pas, la nature, la nuit, la mort… On a bien tenté de contrôler la nature avec des machines et des produits chimiques par exemple mais ce qui doit changer c’est notre rapport avec notre environnement. Ce n’est pas la permaculture qui sauvera le monde mais plutôt une relation harmonieuse avec l’autre, avec la nature et les êtres qui la peuplent, en évaluant réellement nos besoins pour laisser leurs parts aux autres. C’est toute une mentalité basée sur notre pouvoir qu’il faut changer car certains pensent que la nature c’est leur potager par exemple. Non ! La nature c’est ce que l’homme ne domine pas. C’est ça ce que les plantes ont à nous dire : prenez du temps pour vivre, apprendre,  « sortir de l’humain ». Bien sûr c’est du travail, mais c’est le travail de la vie.

 

 

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