Chimpanzés et Homme à égalité pour le test du marshmallow

Chimpanzés et Homme à égalité pour le test du marshmallow
l'intelligence c'est savoir se raisonner

Le lien qui existe entre la faculté à contrôler ses pulsions et l’intelligence est établie en psychologie humaine. Qu’en est-il chez nos plus proches cousins, les chimpanzés ? Le test du marshmallow vient de rendre son verdict.

Le self-control est un signe d’intelligence chez l’Homme

En 1972, le psychologue américain Walter Mischel organise à Stanford, en Californie, une série d’expériences chez des enfants. Les résultats obtenus ont marqué une étape importante dans la connaissance du développement de l’intelligence humaine. Le test de “récompense retardée” ou “test du marshmallow” consiste à proposer aux jeunes enfants de choisir entre manger une sucrerie immédiatement ou bien attendre un temps indéterminé pour en obtenir deux. L’expérience demande du contrôle de soi puisque tout au long de l’attente, le premier bonbon est toujours à portée de main. Un tiers des enfants réussissent à contrôler leur pulsion. Mischel fait passer des tests d’intelligence à tous les participants. Il parvient à montrer que ceux qui ont résisté à la satisfaction immédiate sont ceux qui présentent les meilleures performances cognitives. Dans les années qui suivent, le psychologue et ses équipes observent que devenus adolescents puis adultes, ils décrochent de meilleurs diplômes, de meilleures rémunérations, échappent davantage à l’obésité, à la drogue.

Faire passer le test aux chimpanzés, et comparer les résultats

Pour la première fois, quarante chimpanzés vivant en semi liberté ont été soumis au même test peut-on lire dans la revue Current Biology. Le marshmallow était remplacé par un grain de raisin, le deuxième arrivant après 20 secondes d’attente. Les primates ont ensuite passé des épreuves spécifiques destinées à déterminer leur intelligence générale. « Elles mesurent des capacités cognitives et des compétences sociales, comme la mémoire spatiale, la position des objets, l’usage des outils, le suivi du regard, l’interprétation des gestes… Autant de performances a priori indépendantes du self-control », expliquent les chercheurs. « Les chimpanzés les plus patients étaient-ils aussi les plus intelligents ? ». Et bien oui, comme chez les humains, la réussite aux deux types de test apparaît corrélée. « Le lien entre le QI et la capacité du singe à attendre quand il a choisi cette stratégie est extrêmement solide », affirme l’étude.

Un point de convergence entre l’intelligence animale et l’intelligence humaine

Michael Beran, co-auteur de l’étude, prépare un livre sur la question : « Le self-control requiert un ensemble de capacités : pouvoir inhiber ses pulsions mais aussi se projeter dans l’avenir et adapter son comportement. Attendre, penser avant d’agir, vérifier qu’on agit correctement, changer de comportement avant d’échouer… En réalité, garder le contrôle de soi-même et répondre à de nouveaux problèmes avec des solutions innovantes relèvent de processus cognitifs très similaires. » Et de conclure : « Le fait que ce lien entre le contrôle de soi et l’intelligence existe dans des espèces autres que les humains pourrait démontrer le rôle précoce dans l’évolution que joue la volonté dans l’intelligence générale ».

Le contrôle des émotions est indispensable dans les sociétés humaines comme dans les sociétés animales

Pour le grand primatologue Frans de Waal, ce résultat est « remarquable ». Il s’explique : « Une idée fausse voudrait que, même si les animaux ont des émotions, ils sont incapables de les contrôler. Or les grands singes, et même un perroquet, ont montré qu’ils pouvaient bien réussir le test du marshmallow. Cette capacité est fondamentale dans des sociétés complexes. Pour réussir, il faut non seulement être intelligent mais maîtriser ses pulsions et ces deux compétences évoluent ensemble ». 

Alors la prochaine fois que vous quitterez une page internet en pestant parce qu’elle ne s’affiche pas au bout de deux secondes, pensez au test du marshmallow. Zen !

Voir aussi la conférence de Chris Herzfeld lors de l’Université de l’intelligence animale 2017. Spécialiste de l’histoire de la primatologie et des relations entre les humains et les grands singes, Chris Herzfeld nous raconte l’histoire de cinq bébés singes arrachés à leur mère qui ont su adopter les humains et se plier à leurs demandes, révélant ainsi une habilité et une intelligence de comportement impressionnants.

 

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