Chimpanzés : la règle des 3 « hoo »

Quand un chimpanzé rencontre un autre chimpanzé, ils se racontent bien des choses. La vocalisation « hoo » a été identifiée par les primatologues. Le « hoo » s’énonce sans crier, par un son aigu de faible intensité. Il est utilisé dans trois contextes différents suivant sa modulation. Voyons pourquoi cette découverte ouvre la voie à une sémantique du langage du chimpanzé.

Un langage qui n’est pas seulement fait de puissantes vocalisations

Le chimpanzé a le verbe haut. La plupart du temps, il s’exprime à la cantonade pour être entendu par le plus grand nombre à travers la forêt. Pourtant, parmi la quinzaine de vocalisations qu’il produit, une se détache : le « hoo ». Aigu, de faible intensité, le « hoo » est un signal de courte distance, réservé aux singes qui se trouvent à proximité.

Les 3 significations du « hoo »

Après avoir passé deux ans auprès de chimpanzés de la forêt Budongo en Ouganda, les éthologues ont cerné avec précision les différentes modulations du « hoo » en fonction du message que les singes souhaitent transmettre. Il y a un « hoo » qui se caractérise par une vocalise plus longue et une seule entité de son. Il signifie « Je veux rester à l’endroit où je me trouve ». Un deuxième « hoo » se distingue par une plus haute fréquence. Il veut dire « On peut s’approcher mais il faut faire attention », par exemple d’un serpent. Le troisième « hoo » se prononce en un double « hoo ». Le singe annonce alors aux autres : « Je vais m’en aller, suivez moi si vous voulez ». « Nos résultats montrent clairement que chaque « hoo » peut être distingué en fonction du contexte qu’il exprime », s’enthousiasme Thibault Gruber, chercheur à l’Université de Genève.

Cette étude révèle un langage réfléchi, contextualisé qui n’est pas seulement l’expression d’une émotion incontrôlée

Il y a une réelle intentionnalité derrière le langage du chimpanzé. Le « hoo » influe directement sur le comportement des autres singes. « Si l’on passe des playbacks de ce cri à des chimpanzés, nous observons que leur attitude change en fonction du « hoo » qu’ils entendent, révélant l’importance des variations de cette vocalise ». Le « hoo » n’est pas un son incontrôlé émis sous le coup de l’émotion. Il traduit une pensée.

L’erreur de Descartes

Pour René Descartes le langage est ce qui distingue fondamentalement l’homme de l’animal. L’homme seul, dit-il, dispose du langage qui signe la pensée, indépendante des vocalisations « organiques » émises sous le coup de l’émotion. « La parole est la seule marque assurée de la pensée cachée et renfermée dans les corps », écrit-il. La pensée est ainsi le témoignage de la supériorité humaine,  une faculté qui relève selon lui de l’âme immortelle. Si les animaux en étaient dotés, eux aussi auraient une âme immortelle. « Ce qui n’est pas vraisemblable » conclut-il.

Si un certain niveau de langage traduit la pensée et si la pensée implique d’avoir une âme, alors que dire des chimpanzés ?
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